Quand on prépare une cérémonie, un rassemblement patriotique ou simplement une répétition entre amis, on tombe vite sur un problème concret : les paroles de La Strasbourgeoise circulent dans des versions légèrement différentes. On hésite sur un mot, on perd le fil entre les couplets, on rate le bis. Ce guide pose le texte complet, détaille la progression narrative strophe par strophe et donne des repères pratiques pour mémoriser ce chant militaire français sans trébucher.
Texte complet des paroles de La Strasbourgeoise
Chaque strophe compte quatre vers, avec un dernier vers repris en bis. Cette répétition du quatrième vers est le seul élément systématique à retenir pour la structure musicale. Voici le texte tel qu’il apparaît dans le Carnet de chants de l’armée de Terre.
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1. Petit papa voici la mi-carême, / Car te voici déguisé en soldat, / Petit papa, dis-moi si c’est pour rire, / Ou pour faire peur aux tout petits enfants. (bis)
2. Non mon enfant je pars pour la patrie, / C’est un devoir où tous les papas s’en vont, / Embrasse-moi petite fille chérie, / Je rentrerai bien vite à la maison. (bis)
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3. Dis-moi maman quelle est cette médaille, / Et cette lettre qu’apporte le facteur, / Dis-moi maman tu pleures et tu défailles, / Ils ont tué petit père adoré. (bis)
4. Oui mon enfant ils ont tué ton père, / Pleurons ensemble car nous les haïssons, / Quelle guerre atroce qui fait pleurer les mères, / Et tue les pères des petits anges blonds. (bis)
5. La neige tombe aux portes de la ville, / Là est assise une enfant de Strasbourg. / Elle reste là malgré le froid, la bise, / Elle reste là malgré le froid du jour. (bis)
6. Un homme passe, à la fillette donne. / Elle reconnaît l’uniforme allemand. / Elle refuse l’aumône qu’on lui donne, / À l’ennemi elle dit bien fièrement. (bis)
7. Gardez votre or, je garde ma puissance, / Soldat prussien passez votre chemin. / Moi je ne suis qu’une enfant de la France, / À l’ennemi je ne tends pas la main. (bis)

Découpage narratif pour apprendre le chant pas à pas
Plutôt que d’attaquer les sept strophes d’un bloc, on gagne du temps en découpant le chant selon sa progression dramatique. Trois blocs suffisent.
Bloc 1 : le dialogue père-fille (strophes 1 et 2)
L’enfant croit à un déguisement, le père corrige et annonce son départ pour la guerre. Le ton est doux, presque léger. Musicalement, ces deux strophes posent la mélodie et le rythme. On les travaille en premier parce qu’elles permettent de caler le souffle sur les quatre vers sans charge émotionnelle forte.
Un repère utile : le mot « patrie » au deuxième couplet marque la bascule. Avant, on est dans l’univers enfantin. Après, on entre dans le registre du devoir.
Bloc 2 : la rupture tragique (strophes 3 et 4)
La mère et l’enfant apprennent la mort du père. Le registre change brutalement entre le bloc 1 et le bloc 2, et c’est souvent là que les chanteurs perdent le fil ou accélèrent par réflexe. On ralentit naturellement sur « tu pleures et tu défailles », et le bis de « Ils ont tué petit père adoré » demande un placement de voix stable.
Ces deux strophes forment le cœur émotionnel du chant. Les retours varient sur ce point, mais beaucoup de chorales et groupes militaires conseillent de les répéter séparément avant de les enchaîner avec le bloc 1.
Bloc 3 : l’enfant de Strasbourg face à l’ennemi (strophes 5, 6 et 7)
On passe du foyer familial à la rue enneigée de Strasbourg. L’enfant, désormais seule, refuse l’aumône d’un soldat prussien. Le dernier couplet porte le message de résistance du chant entier. C’est celui qu’on retient le plus facilement parce que sa formulation est directe, presque martelée.
En pratique, le bloc 3 s’apprend souvent en dernier, mais c’est celui que la mémoire fixe le mieux grâce à la tension narrative.
Origine et titres multiples de La Strasbourgeoise
Le chant a été écrit par Villemer et Delormel, avec une musique composée par Henri Natif, sous le titre original La Mendiante de Strasbourg. On croise aussi la variante L’Enfant de Strasbourg selon les carnets et les époques. Ces trois appellations désignent la même pièce.
Si le texte date de la période suivant la guerre de 1870, son entrée officielle dans le répertoire militaire contemporain est plus récente. Le chant a été enregistré en 2001 par la promotion Cadets de Saumur du Prytanée, puis publié en 2002 par le 43e RI dans le Carnet de chants Royal des Vaisseaux. C’est cette version qui circule aujourd’hui dans la plupart des unités et des rassemblements.

Conseils concrets pour mémoriser les paroles
Voici ce qui fonctionne quand on prépare le chant en groupe ou seul :
- Travailler un bloc narratif par séance plutôt que de lire les sept strophes en boucle. La progression dialogue, rupture, résistance donne un fil logique qui aide la mémoire.
- Repérer les mots-charnières de chaque strophe : « patrie » (strophe 2), « médaille » (strophe 3), « neige » (strophe 5), « or » (strophe 7). Ces mots lancent le couplet suivant dans la tête.
- Marquer physiquement le bis en frappant légèrement le tempo. Le bis n’est pas décoratif : il structure le souffle et donne le signal de passage au couplet suivant.
- Écouter une version audio pour caler la mélodie, puis couper le son et chanter avec le texte seul. L’alternance écoute/lecture accélère la fixation.
Usage actuel en cérémonies et rassemblements patriotiques
La Strasbourgeoise n’est pas qu’un chant de caserne. On l’entend lors de commémorations, de cérémonies militaires et de rassemblements associatifs liés à la mémoire de la guerre de 1870 et des conflits suivants. Son usage a évolué : d’un répertoire de café-concert patriotique, elle est passée à un chant de transmission institutionnelle.
Dans les armées, le chant sert aussi de support de cohésion pendant l’entraînement ou les veillées. La mélodie, accessible et répétitive grâce au bis, permet à un groupe de chanteurs non formés de participer rapidement. C’est d’ailleurs ce qui explique sa longévité dans le répertoire des chants militaires français, à côté de pièces comme Le Boudin ou La Madelon.
Pour qui veut chanter La Strasbourgeoise sans partition, le texte complet ci-dessus et le découpage en trois blocs donnent une base suffisante. Le reste, c’est de la répétition et du placement de voix, strophe après strophe.

