Les teintures naturelles ne relèvent plus de l’utopie ou d’une fantaisie réservée aux initiés. Elles s’invitent dans nos quotidiens, portées par l’envie de retrouver du sens, de la couleur… et un peu de magie dans le geste. C’est ce dont il sera question ici, au fil d’expériences concrètes, d’essais plus ou moins heureux, et d’un enthousiasme intact pour la laine et la teinture à l’avocat.
Padoürs│Lovely things laineux · Bref, je tricote, Épisode 10, Mes expériences avec la teinture naturelle Yarnundyed : une belle collaboration !
Pour cet épisode, une belle opportunité s’est présentée : collaborer avec Yarnundyed, société britannique spécialisée dans la laine non teinte. Leur offre est vaste, variée, et permet aussi bien de tester des fibres peu courantes que de s’approvisionner à des tarifs abordables. On peut choisir entre des formats à l’unité ou en lots, ce qui facilite les essais. À l’occasion de ce podcast, Yarnundyed m’a confié leur fameux « pack chaussette », cinq écheveaux à explorer :
- 1 x 100g 85% Extrafine Superwash Merino 15% Nylon (4 ply), 400m/100g
- 1 x 100g 85% Extrafine Superwash Merino 15% Nylon (2 ply, high twist), 360m/100g
- 1 x 100g 75% Superwash Wool 25% Nylon, 400m/100g
- 1 x 100g 100% Superwash Bluefaced Leicester, 400m/100g
- 1 x 100g 100% Superwash Polwarth, 400m/100g
Quand le colis est arrivé, difficile de résister : cinq superbes écheveaux, prêts à recevoir leur bain coloré. Je remercie sincèrement Yarnundyed pour ce geste. Ce coffret s’avère parfait pour se lancer et essayer différentes recettes.
Peu d’infos à l’avance…
Je le précise d’emblée : mon expérience en teinture naturelle tient d’un parcours d’autodidacte curieux, non d’un savoir expert. La fascination pour les couleurs végétales, la volonté de s’éloigner des pigments chimiques, voilà ce qui m’a poussé à tenter l’aventure. Ce que je partage ici, ce sont des tentatives personnelles, bricolées au fil de lectures et d’essais. Si vous aussi souhaitez franchir le pas, prévoyez du matériel strictement dédié à la teinture et pensez à porter des gants, question de sécurité.
Mon équipement reste simple : une grande casserole, une cuillère en bois, deux bacs en plastique, un tablier et une passoire. Rien de sophistiqué, tout ce qu’il faut pour débuter en confiance.
Teinture d’avocat : de belles nuances de rose
La récolte
Première étape : conserver soigneusement peaux et noyaux d’avocat. Une fois la dégustation terminée, on nettoie scrupuleusement ces parties pour éliminer tout résidu de chair. Ensuite, on laisse sécher. Certains préfèrent stocker au sec, j’ai opté pour le congélateur, question de praticité.
Les quantités utilisées
Pour cette tentative, j’ai choisi de teindre trois écheveaux de 100 grammes chacun, soit 300 grammes au total. Plutôt que de me limiter à la même masse d’avocat, j’ai doublé la dose : 600 grammes de peaux et noyaux réunis. L’objectif : obtenir une couleur plus profonde et affirmée.
La décoction
Il s’agit maintenant de couper peaux et noyaux en morceaux, puis de les plonger dans une grande casserole remplie d’environ cinq litres d’eau. On laisse bouillir une bonne heure, le temps que l’avocat libère ses pigments. Très vite, l’eau prend une teinte rouge-orangé. On coupe ensuite le feu, on laisse refroidir, puis on laisse macérer toute la nuit pour renforcer la couleur.
Le matin venu, il suffit de filtrer pour ne garder que le liquide, que l’on remet dans la casserole pour la suite.
La préparation de la laine
Pendant ce temps, je prépare la laine. J’ai sélectionné trois écheveaux « fingering » : un mérinos High Twist, un Bluefaced Leicester et un Polwarth. Selon les colorants naturels, il peut être nécessaire de mordancer la laine, c’est-à-dire créer les conditions pour que les pigments adhèrent durablement. Le mordançage se réalise de plusieurs façons : à l’alun, au fer, parfois au vinaigre. Avec l’avocat, la puissance colorante est telle que certains estiment cette étape inutile. J’ai tout de même choisi de laisser tremper mes trois écheveaux une matinée entière dans un mélange de vinaigre (⅓) et d’eau (⅔) pour m’assurer d’une bonne accroche. Même si cette étape n’est pas systématiquement requise, il est indispensable que la laine soit bien humide avant de passer au bain.
La teinture
Après ce pré-trempage, les écheveaux rejoignent la décoction, désormais refroidie. On remet le tout à chauffer, on monte lentement en température, puis on maintient un léger frémissement pendant une heure environ, en remuant de temps à autre pour assurer une répartition homogène des pigments.
On coupe ensuite le feu et on laisse la laine reposer dans le bain toute la nuit, pour une imprégnation maximale.
Une fois tout bien refroidi, il ne reste qu’à sortir les écheveaux et à les rincer soigneusement. Je procède à plusieurs bains d’eau claire, jusqu’à ce que l’eau soit parfaitement limpide. Enfin, la laine sèche à l’abri du soleil, il n’y a plus qu’à admirer le résultat.
Petite astuce : avant le rinçage, j’ai plongé un de mes écheveaux dans une eau additionnée d’une grosse cuillère à soupe de bicarbonate de soude. Résultat : une teinte rose encore plus soutenue, tirant sur le fuchsia.
Mes impressions
Le bilan de cette teinture à l’avocat ? Un enthousiasme total. Les trois écheveaux arborent une teinte rose lumineuse, avec des dégradés qui flirtent parfois avec le violet. Impossible de rester indifférent devant cette palette de nuances qu’offre la nature.
Teinture curcuma : or jaune/orange
Pour le curcuma, le processus suit à peu près le même schéma que précédemment.
Les quantités utilisées
Pour ce test, j’ai utilisé cent grammes de poudre de curcuma pour un écheveau de mérinos de cent grammes.
La teinture
Cette fois, j’ai fait l’impasse sur la décoction préalable de la poudre. Par inadvertance (ou fatigue), j’ai versé directement la poudre, la laine et l’eau dans la casserole. Le mélange a chauffé comme pour l’avocat, pendant une bonne heure, suivi d’une nuit de repos. Le rinçage a été nettement plus long : le curcuma relâche beaucoup de pigments et il m’a fallu de nombreux bains pour que l’eau soit limpide.
Mes impressions
Le résultat en valait la peine : la laine s’est parée d’un jaune-orangé éclatant, absolument superbe.
Les sources d’inspiration
Pour mener à bien ces explorations, je me suis abondamment documentée. Le livre m’a apporté des éclairages précieux, mais rien ne remplace l’expérimentation. C’est au fil des essais, des tâtonnements, des surprises, qu’on découvre vraiment ce que la teinture naturelle réserve. La prochaine fois, qui sait, je tenterai peut-être l’oignon, la garance ou le noyer. L’aventure ne fait que commencer.














